Texte écrit par une amie lyonnaise :
« Je vais vous parler de ce dont on parle peu dans les médias quand on parle de Lyon.
J'ai vu l'extrême-droite s'installer dans le centre-ville de #Lyon. Pas uniquement y prendre des locaux, non. Non. Nous avons vu l'extrême-droite commencer à attaquer des personnes de couleurs, des événements politiques, faire des ratonnades. S'en prendre aux personnes, vraiment. J'ai vu, nous avons vu le maire de l'époque, Gérard Collomb, ne pas réagir. J'ai vu, nous avons vu, le favori aux élections municipales de Lyon, Jean-Michel Aulas, ancien président de l'Olympique Lyonnais, laisser l'extrême-droite s'organiser au stade - à Gerland puis au Groupama Stadium. Quand je dis s'organiser, cela concerne les groupes de supporters les plus actifs du club, qui viennent au stade avec des insignes fascistes ou néo-nazis, ou qui y font des gestes qu'on voit aussi dans les meetings de fan d'Hitler et de Mussolini.
J'ai vu aussi l'extrême-droite violente et catholique prendre de plus en plus de place dans le diocèse, et faire pression sur des catholiques pas d'extrême-droite quand ils les critiquent des manières trop visibles.
À Lyon, j'ai vu que l'extrême-droite, ce n'est pas des gens qui ont des idées politiquement pas correctes. L'extrême-droite agresse, l'extrême-droite attaque, l'extrême-droite tue. Il y a eu un meurtre raciste près de Lyon récemment, il n'a pas fait la une de la presse nationale. Le meurtre de Federico Martín Aramburú par des GUDards proches de Marine Le Pen n'a jamais été condamné par Macron et par Darmanin, comme s'il était tolérable ou compréhensible.
Le jeune Quentin D. allait à la messe en latin et s'agenouillait. Il allait aussi à des défilés néo-nazis, néo-nazis façon « Heil Hitler » et « aucun juif n'est mort à Auschwitz », pas façon « de toutes façons, dès qu'on n'est pas de gauche, pour vous, on est nazi ». Il était aussi membre d'un groupe néofasciste, néofasciste façon insignes mussoliniens et suprémacistes, pas façon « de toutes façons, dès qu'on n'est pas de gauche, pour vous, on est fasciste ».
Les mots sont importants. On peut aimer son pays sans défendre des idées haineuses, sans prôner les ratonnades contre les personnes pas assez blanches ou trop de gauche.
Je n'aime pas LFI, et il y a beaucoup de gens et de tendances à la gauche de la gauche que je n'aime pas, mais il est important de rappeler dans quel contexte la Jeune Garde est née à Lyon. Un contexte où il est devenu risqué d'être militant de gauche, ou pas assez blanc, le soir dans le Vieux Lyon après vingt heures. Un contexte où il vaut mieux ne pas mettre les pieds au stade où joue l'équipe qu'on aime dans un tel contexte.
Lyon, c'est ça. L'extrême-droite, c'est ça aussi. Ce n'est pas juste une dissidence de pensée. C'est une culture de la violence verbale et physique. Visiblement, beaucoup de commentateurs que je peux lire ici et là l'oublient rapidement. Peut-être ont-ils le luxe de se penser à l'abri de cette violence. Moi, avec mes engagements écologistes, je sais que je n'ai pas le luxe, car il y a déjà eu des agressions d'écologistes par des soutiens ou des bras armés de l'extrême-droite. Peut-être certains ont-ils envie de vivre dans un pays où la classe politique euphémise les violences d'extrême-droite pendant que le renseignement territorial (pas franchement des gauchistes) s'alarme de la montée de la violence de cette même extrême-droite. Moi, ce pays, le seul dont j'ai la nationalité, me fait de plus en plus peur. La naïveté d'une partie du monde catholique face à la vraie nature de l'extrême-droite et de sa menace me fait peur.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : je n'ai pas écrit que Quentin D. méritait de mourir. En revanche, les Quentin D. de ce monde me font peur par leur violence, car je sais que je fais partie de leur cœur de cible. Et je suis effarée devant la multiplication des articles euphémisant ses idées et les conséquences de ses idées pour des gens de gauche ou pas de la bonne couleur de peau. Je suis effarée quand pas grand monde n'ose dire tout haut que c'est quand même un problème que l'église qu'il fréquentait annonce la foi en attirant autant de jeunes fréquentant des groupes violents et prônant le suprémacisme blanc. (Par ailleurs, quand on discute avec des prêtres sur le profil des catéchumènes, j'ai peur : une partie non-négligeable d'entre eux est attiré par le nationalisme, qui n'est pas une idéologie douce et pacifique.)
Ayant dit cela, je vais surveiller fermement les commentaires, car je n'ai pas envie qu'on vienne m'expliquer que la vraie menace en France vient de l'extrême-gauche. Le renseignement territorial s'inquiète de la montée de l'extrême-droite violente depuis plusieurs années. La violence d'extrême-droite se multiplie en France depuis des années. Que celles et ceux qui ont le luxe de ne pas être dans son cœur de cible s'épargnent le fait de venir me faire la leçon sur ce que j'ai le droit de dire ou non. »