Dan Simmons, c'est incroyable ce que je hais ce type.
Il me répugne presqu'autant que Romain Lucazeau. ^^
(non, c'est pas gratuit, parce que quelque part c'est les mêmes, je dis que c'est pas injuste et qu'en plus ça soulage).
Ce sont les mêmes illibéraux élitistes.
Bref, en tout cas, j'ai tout lu les Cantos d'Hypérion à l'époque, et tout en ne les trouvant pas déplaisants, j'avais une saveur amère qui m'en restait qui rendait la hype autour de ces livres très très agaçante.
Quand je pense que le précédent prix Hugo était Cyteen de Carolyn J. Cherryh, y'avait une marche tout de même.
Ensuite, Nuit d'été, puis je tombe sur l’Échiquier du mal, que je peine à finir tant il me débecte . Je vous fais le topo : un groupe de mutants ultra riches et ultrapuissants font vivre les cent horreurs à leurs victimes sur l'île privée du plus puissant d'entre eux. Hum. (à ce stade, je pense que vous avez une petite idée de là où je veux en venir). Ils sont dézingués par un monsieur juif malingre et caricatural, le narrateur, envers lequel l'auteur cache mal son antipathie.
Parce que Simmons, lui il est fasciné par ses monstres, la puissance, la hiérarchie, la violence extrême. Chez lui, le vertige métaphysique et la virtuosité formelle cohabitent avec une complaisance dans l’horreur, la misogynie et une misanthropie générale qui laissent un goût métallique en bouche.
(À l’inverse, Cherryh dans Cyteen travaillait aussi le pouvoir, la manipulation, l’ingénierie sociale, mais de l’intérieur des systèmes, avec une ambiguïté morale réelle et une attention aux structures plutôt qu’aux surhommes. Moins spectaculaire, plus corrosif. Et surtout tellement plus humaniste. En même temps, c’est pas dur, me direz-vous.)
En tout cas, si certains textes sombres te donnent le sentiment d’être accompagné dans l’horreur pour la comprendre, pour t’avertir, d’autres te traînent dedans pour la consommer. Et tu en ressors boueuse, malade, aigre.
Le truc, c'est que je ne savais pas qu'au moment même de ma nauséeuse lecture, des gens , des gens vrais, pas mutants, juste trop puissants, jouaient réellement sur l'échiquier en question. Si l’affaire Epstein est si sidérante, c’est que le schéma imaginaire qu’on croyait réservé aux thrillers paranoïaques ou aux dystopies de pouvoir s’y trouve plus que partiellement reflété dans le réel.
Les Epstein files révèlent des mécanismes bien trop voisins, le fantasme malsain cesse d’être purement fantasmatique Du coup la lecture change de couleur après coup (de noir , elle devient noir au cube) . Ce n’est plus de l’horreur spectaculaire, c’est un écho structurel. Et ça devient encore plus difficile à supporter
Le plus dérangeant, au fond, ce n’est pas que la fiction imagine des monstres. La littérature le fait depuis toujours. Le plus dérangeant, c’est quand elle les aime un peu trop. Quand elle les éclaire mieux que leurs victimes. Quand elle leur donne la meilleure musique, les meilleures tirades, la plus grande densité d’être. Là, quelque chose cloche et salement. Le mal n’est plus seulement montré, il est mis en valeur. Et je crains bien que ce soit majoritairement le cas (j’ai jamais supporté Salo’ par exemple).
Alors, quoi ?
Des mecs fasciné par le pouvoir, qui en tartinent des pages, y’en a un max, à nous de voir avec quoi on veut passer du temps.
(perso, je vais foncer faire un grand plongeon dans Bridgerton et Raison et sentiments après ça, pour me laver. Même si ce sont des gros bourges qui s’emmerdent à l’heure du thé, au moins il n’y pas de chair humaine dans les cupcakes).
Mais vous savez quoi ? Je hais encore plus Dan Simmons, sur ce coup. Déjà, parce qu’il m’a montré la réalité du monde dans lequel certains nous font vivre, parce qu’il la rend acceptable pour PLEIN de gens, l’impunité du monstre surpuissant ordinaire.
Et qu’on ne me fasse pas le numéro du “ce n’est que de la fiction”. La fiction n’est jamais “que”. Elle est un laboratoire moral.
Il n’y a qu’à voir comment les Maga après nous avoir fait des tonnes sur les pizzagate sont à deux doigts de trouver tout ça normal si ce sont leurs superriches qui s’en rendent coupables.
Et voilà pourquoi, selon moi, il est sain et de l’ordre de la survie de combattre sur tous les terrains les représentations nocives, toutes les représentations nocives, images, films. L’art n’est pas innocent du monde, il en rend compte.
Il n’y a pas d’autres combats, c’est LE combat .